Deux mois après la tuerie de Marikana, où en est l’Afrique du Sud ?

Le 16 août dernier, 34 mineurs grévistes sud-africains étaient sauvagement abbatus par la police aux abords de la mine de Marikana, dans le nord-ouest du pays. Des augmentations de salaires notoires, à l’heure où les conditions de travail sont de plus en plus difficiles, étaient au centre des revendications. Invoquant dans un premier temps la légitime défense, la police locale a reconnu ce lundi par la voix de son avocat Ishmael Semenya de possibles “bavures”, alors que la situation n’est toujours pas revenue à la normale.
Une réaction “disproportionnée”
Désireux d’y voir plus clair sur le drame, le président Jacob Zuma avait ordonné la mise en place d’une enquête. Me Semenya, l’avocat de la police convoqué devant la commission relative à cette investigation ce lundi 22 octobre, a déclaré qu’il n’y avait pas eu “d’intention de tuer de la police”, mettant en cause une situation devenue “hors de contrôle”. Quelques minutes plus tard, il avouait que la réaction des forces de l’ordre “pourrait avoir été disproportionnée”. Les mineurs, à priori armés de machettes, gourdins et autres barres de fer au moment des faits, avaient essuyé plusieurs tirs de la part des policiers. L’avocat, qui a lui-même avoué que seize d’entre eux étaient morts pendant la manifestation, a laissé planer le doute quant au sort des 18 autres, qui ont selon toute vraisemblance été poursuivis dans les collines par la suite. Une situation dès lors pas si “hors de contrôle” que ça, et une thèse de la “bavure” qui prend tout son sens.
Les grèves continuent
Depuis le mois d’août, ce sont près de 100 000 mineurs qui se sont mis en grève en Afrique du Sud. Et si un accord salarial, signé le 18 septembre dernier, a clairement laissé entrevoir la fin de celle-ci à Mirakana, la situation reste perturbée, en témoigne le nouveau refus des travailleurs de descendre dans les mines jeudi dernier. “Les mineurs veulent expliquer leurs problèmes à la direction, ils ne sont pas en grève” déclarait à l’AFP Zolisa Bodlani, l’un des meneurs du mouvement. L’action, qui s’est étendue aux mines d’or, de diamants, de chrome et de platine à travers la région, semble pourtant s’essouffler. Les mineurs, s’ils n’ont pas obtenu les revalorisations salariales souhaitées, ont toutefois pour la plupart repris le travail, et ce sous la pression des grands groupes pétroliers et de leurs ultimatums. A KDC West, au sud de Johannesburg, 1435 des mineurs employés par Gold One ont été licenciés pour ne pas s’être présentés à la date butoir de reprise du travail, jeudi dernier. Le producteur d’uranium Atlatsa a décidé, de son côté, de se séparer de 2 161 mineurs. Au début du mois, enfin, le leader du marché du platine Amplats annonçait le licenciement de 12 000 de ses 28 000 employés, accusés de mener une grève illégale.
Mais que fait le gouvernement ?
Le président Zuma, qui a admis des “disparités de salaires qui créent un ressentiment et entament la cohésion sociale” dans son pays, s’est toutefois rangé du côté du patronat, exhortant les mineurs à reprendre leur activité sans attendre. Au pouvoir depuis 2009, le politique de 70 ans est accusé par bon nombre d’analystes de préparer le prochain congrès de son parti, l’ANC, prévu pour la fin décembre à Mangaung. Préoccupé par les violentes grèves qui secouent son pays, Zuma craint d’apparaître comme impuissant face au conflit et d’échouer dans la course à sa propre réélection, en 2014. Les agences de notation, de leur côté, n’ont pas attendu pour agir puisqu’après Moody’s, c’est Standard and Poor’s qui a dégradé la note du pays, de BBB+ à BBB. Sur fond de rigueur budgétaire, les révoltes dans les différentes mines sont perçues comme un frein à la crédibilité du gouvernement.
Depuis le début de la contestation mi-août, plus de cinquante mineurs ont été tués. L’Afrique du Sud est à l’origine de 7% de la production d’or dans le monde, et fournit près de trois quarts des ressources en platine.
Crédit Photo : AFP



